Témoignage d'une infirmière (le 02/03/2009 à 08h28)
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En souhaitant que ce signal
d'alarme sera entendu !!!!! Le témoignage d'une
infirmière: 'Je suis assez
catastrophée en ce moment, car dans aucun média, aucune presse, même dans
les discours de nos chers politiques, personne ne parle de ce qui se
passe du côté de l'hôpital public... Et pourtant, moi qui le vis de
l'intérieur, je vous garantis qu'il y a de quoi sauter au plafond
(peut-être autant que les fautes d'orthographe dans ce mail, je m'en
excuse...!). Tout ce qui va suivre est
un peu compliqué, peut-être, mais nécessaire pour vous expliquer ce qui
se passe sur le terrain. Je suis infirmière dans
un service de Médecine adulte (Médecine interne et thérapeutique,
pavillon 5, hôpital Bellevue à St-Etienne) avec une capacité d'accueil de
21 patients, dont 95% est muté directement des urgences. Autrement dit,
la plupart ne sont pas encore très stabilisés sur le plan médical
et ont donc besoin d'une surveillance étroite et efficace de la part des
infirmiers et aide-soignants. Les femmes de ménage (ASH) ont elles aussi
un rôle important, car au détour d'un couloir ou pendant qu'elles
nettoient une chambre, elles peuvent être les premiers signaux d'alarme
d'un patient en détresse. Sans parler de leur travail primordial
pour assurer l'hygiène des services, rôle majeur dans la lutte des
infections nosocomiales. Nos équipes s'organisent
ainsi : (les équipes de jour et de nuit sont indépendantes, je ne
travaille que le jour matin-soir) 2 infirmières + 2
aide-soignantes + 1 ASH le matin 2 infirmières + 2
aide-soignantes + 1 ASH le soir 1 infirmière + 1
aide-soignante la nuit Ceci est ce qu'on appelle
le service minimum, autrement dit, c'est le minimum réglementaire pour assurer
la sécurité des patients. Or il faut savoir que nous n'avons jamais de
personnel en plus et que la tendance actuelle est de nous faire
tourner en sous-effectif de manière presque systématique les soirs et les
week-end, soit un seul infirmier pour 21 patients. Depuis 2 mois, une de mes
collègues infirmières a démissionné et n'est pas remplacée, une autre est
en arrêt de travail qui risque d'être prolongé et n'est pas non plus
remplacée. Nous ne sommes donc plus que 6 infirmiers au lieu de 8 à
assurer un roulement sur 4 semaines, jours de semaine, week-end et fériés
compris. Alors nous effectuons 1 puis 2 puis 3 week-end supplémentaires
(nous en travaillons déjà 2 sur 4 habituellement) et ainsi de suite pour
que le service tourne, avec des jours de repos qui sautent et des
alternances de rythme incessantes. Si bien qu' il devient
impossible de prévoir quoi que ce soit en dehors de la vie au CHU,
sous peine de devoir annuler au dernier moment pour cause : boulot! Samedi dernier, une autre
collègue s'est arrêtée et, étant la seule infirmière du soir, il n'y
avait donc personne pour prendre la relève du matin... C'est un
infirmier des urgences qui a été détaché de son service pour venir
dans le nôtre, qui a assuré les soins de nos 21 patients, alors qu'il ne
les connaissait pas, et qui a dû faire face en plus à une situation
d'urgence vitale de l'un d'eux... Une des ASH est arrêtée
depuis 1 an en étant remplacée de manière très ponctuelle, obligeant les 3
ASH restantes du service à se partager un roulement sur 4 semaines, jours
de semaine, week-end et fériés compris. Leur tâche est de nettoyer
à elles seules, tous les jours, la totalité des 16 chambres du service de
fond en comble (vitres, mobilier, murs, WC), les bureaux médicaux, les
pièces de vie (office, douche, WC, couloirs), la salle de soins... Il faut savoir que le CHU
de St-Etienne est en pleine réorganisation, puisqu'un gros complexe est
en fin de construction à l'hôpital Nord, promettant parait-il des
technologies de pointe, des locaux modernes et surtout des soins
efficaces et de qualité... Alors expliquez-moi
comment être à la hauteur de ces exigences quand le personnel est déjà
largement en sous-effectif? L'hôpital refuse d'embaucher, car déficit
budgétaire, mais préfère faire appel à l'intérim, qui coûte plus cher que
des contractuels... Hier, j'étais normalement
en 'repos' et j'ai passé une bonne partie de ma journée à démarcher la
Médecine du Travail, les syndicats et à parler avec notre chef de
service, pour essayer de trouver des solutions pour que notre direction
nous entende... Nous sommes par chance
soutenus par notre chef de service, qui connaît la valeur de notre
travail et sait que nous ne protestons pas pour rien. Il nous connaît
suffisamment pour lui même remuer ciel et terre pour qu'on s'occupe du
sort des soignants à l'hôpital. Il nous soutient par ce que
lui-même est très inquiet de la situation et voit notre gouvernement
asphyxier le service public hospitalier, or lui a choisi de travailler au
CHU par foi en ce service public et dans le respect du serment d'
Hippocrate. Je dors très mal et pour
être honnête je pense au boulot constamment. J'ai peur que le stress me
fasse oublier un soin, que la pression m' empêche de prendre le temps
avec un patient déprimé, que la fatigue me fasse faire un mauvais
calcul de dose, administrer un produit au mauvais patient... J'ai
peur que ce métier que j'aime me transforme en assassin, involontaireme
nt, par ce qu'on aura laissé la situation se dégrader. Parce que nous
sommes tous responsables : je suis l'infirmière d'aujourd'hui mais nous
sommes tous les patients de demain. VOUS pouvez être au bout de ma
seringue, ou votre mari, votre enfant, votre proche. Je vis l'insécurité dans
mon travail, alors que je le maîtrise pourtant. Mais je suis humaine
avant tout. Vous serez ceux qui
pâtirez du manque de soignants dans les services : je n'aurai pas pu
prendre le temps de vous donner des nouvelles du patient que vous aimez,
je n'aurai pas pu gérer 2 situations d'urgence à la fois... Faut-il
attendre qu'il y ait des morts pour réagir et prendre conscience de
ce qui se passe dans les hôpitaux??? Aujourd'hui, j'ai besoin de vous. Merci de bien vouloir transférer ce
mail de manière la plus large possible, pour informer le plus de
monde possible. Si vous connaissez des personnes du
monde hospitalier, journalistique, politique ou autre, n'hésitez
pas à les solliciter. Il faut se mobiliser en masse pour
être plus efficace, moi toute seule, je n'intéresse personne.' Merci pour votre
attention !